Poly : multiple / poli : comme un galet travailler par le temps 
Morphe : forme / métamorphose : changement de forme, de nature ou de structure telle que l’objet n’est plus reconnaissable…

Mon travail se décline sous différentes « formes » : techniques (huile, encre, collage, etc.), genres (abstrait, figuratif), sujets.

La nature, mes envies, la psychologie humaine sont tellement denses et diverses que j’aime à les appréhender sous différents angles et sensibilités, pour mieux en dessiner le contour et la complexité. Mes carnets de voyage, la danse et les rencontres du quotidien sont autant de touches élémentaires à mon processus créatif. Pourquoi choisir entre figuration, illustration ou abstraction ? Encre, dessin, peinture à huile ou sérigraphie ? Qu’il s’agisse de compositions gestuelles, d’humains ou de paysages, l’œuvre se développe naturellement. Il suffit qu’elle soit porteuse de sens et d’émotion.

Dans le silence et la solitude de l’atelier, les démarches créatives sont multiples. L’impulsion : un besoin d’exprimer ce qui m’anime – me choque – me charme, un désir de beauté, un bonheur réel à manipuler la ligne, les couleurs, la matière. Selon l’impulsion, je me lance sans image préconçue, en me laissant guider par les rythmes naissants de manière abstraite et spontanée, les jeux de contrastes d’ombre et lumière qui, petit à petit, font surgir des images enfouies. Dans ces créations non-figuratives quoique très évocatrices, je chéris tout particulièrement la Nature. Une Nature multiple dont chaque ingrédient vient imprégner ma palette : les lumières si changeantes de la mer, le vent qui plie le paysage, la terre aux milles formes, textures, couleurs, les nuages qui voilent et révèlent le regard…

Cette manière de créer demande un « lâcher prise » et une concentration très particulière qui me correspond : un moment de liberté et d’ouverture aux possibles. Pour reprendre les propos de Matisse : « Je travaille sans théorie. J’ai conscience des forces que j’emploie et je vais, poussé par une idée que je ne connais vraiment qu’au fur et à mesure qu’elle se développe par la marche du tableau ».

Amoureuse des jolis motifs, la découverte des papiers origami japonais a marqué une étape dans ma création. J’insère en effet sur la toile ces papiers aux motifs souvent floraux, comme des pierres précieuses, avant de commencer à peindre. Ce mélange peinture-collage apporte un nouveau jeu entre abstraction et réalité qui surprend souvent le spectateur. Ces ajouts de papiers «motivés» créent aujourd’hui un lien évident entre les différentes facettes de mon travail : une trame qui se décline, s’illumine, se cache, s’obstine au gré de la création.

La résidence artistique en Chine à laquelle je participe (2016) est un tremplin dans ma création : naissance de nouvelles pistes de travail (« La bonne étoile », « Mémoire de poissons rouges », «Chevelures», etc.). Le symbolisme se mêle au surréalisme et des ouvertures se créent dans mon esprit : un nouveau départ artistique s’offre à moi.

Ces dernières années, un beau mariage de l’esprit occidental et de l’Extrême-Orient anime mon travail qui convie à une promenade dans la toile au gré de son état d’esprit et de ses émotions. L’art d’Extrême-Orient est par nature une invitation au voyage du cœur et de l’esprit : le « I » et le « shen ». L’encre vous conduit dans le paysage de l’âme.

Artiste engagée dans mes choix de projet (notamment dans la lutte contre la traite humaine en collaboration avec l’ONG Planète Enfants & développement) et ma manière de travailler (« au travers de l’art, épanouir la personne », Ginette Martenot), mes recherches sur la nature et l’homme au sein de cette nature, m’amènent nécessairement à des questionnements écologiques fondamentaux, qui marquent de plus en plus mon travail. Une inlassable fascination pour la beauté du monde, un choc face aux images de transformations désastreuses induites par l’humain me poussent aujourd’hui à chercher des solutions pour mieux vivre ensemble sur cette terre. L’art est un merveilleux medium pour partager, méditer, réfléchir, s’émerveiller, ressentir : à user sans modération ! De l’art comme passerelle entre les hommes, la nature, des prises de conscience pour se mobiliser.